Une figure du Vignoble nantais, le général vendéen de Bruc de Livernière

Historien de La Chapelle-Heulin, Jean-Pierre Maillard a publié dans L’Hebdo de Sèvre et Maine un article sur le général vendéen de Bruc de Livernière, auquel le Souvenir Vendéen a rendu hommage le 16 juin dernier

L’Hebdo de Sèvre et Maine, 19 juillet 2018 (le bas de l’article a été tronqué, mais le texte intégral figure bien ci-dessous)

Pierre Marie Michel de Bruc de Livernière (1766-1845) joua un rôle de premier plan dans l’insurrection vendéenne qui bouleversa le vignoble pendant la Révolution. Une plaque vient d’être posée sur le mur du cimetière de la Chapelle-Heulin par l’association du Souvenir Vendéen qui signale la présence de sa tombe et rappelle son action.

Un jeune aristocrate hostile à la Révolution

La famille possède de grands biens dans le pays : son frère a le Cléray, à Vallet. ; lui hérite de l’Hyvernière à La Chapelle-Heulin. Quand la Révolution éclate, il est sous-lieutenant au régiment de cavalerie Royal Normandie et conduit une carrière classique pour un jeune noble. En 1791, contraint de prêter serment, il refuse et rejoint en émigration le prince de Condé. Ce jeune homme de vingt-cinq ans se place donc clairement dans le camp de l’opposition à la Révolution.

En 1793, quand la guerre civile s’embrase, il tente de rejoindre la Vendée insurgée, mais est intercepté et emprisonné à La Flèche. Il ne participe donc pas aux combats de 1793. Il s’évade et rejoint au début décembre l’armée vendéenne qui reflue de sa « Virée de galerne » en Normandie. À Ancenis, Henri de La Rochejaquelein lui ordonne de passer la Loire et de lever une armée. Il se coupe du gros des troupes vendéennes, échappe à l’anéantissement de Savenay le 23 décembre 1793.

Le chef vendéen

Alors que l’insurrection vendéenne est écrasée, le départ des « Colonnes infernales » relance l’insurrection et aide les deux frères de Bruc à recruter des hommes. Dans ses papiers, de Bruc de Livernière cite Clisson, Le Loroux, La Chapelle-Heulin et Château-Thébaud comme principaux centres de recrutement, avec son réseau de capitaines de paroisse, Prudent Levesque, René Sauvestre, François Boidron… La guerre reprend sous forme de guérilla. En février 1794, les frères de Bruc provoquent la déroute des républicains à Gesté. Ils sont d’abord au côté de Stofflet, à Beaupréau, Cholet, Vihiers… Mais en désaccord avec lui, ils rejoignent Charette. C’est en son nom que de Bruc de Livernière négocie la paix et signe à ses côtés le traité de la Jaunaye, le 17 février 1795. La trêve est de courte durée et les combats reprennent à la mode chouanne avec des bandes réduites. Les frères de Bruc sont aux combats de Bressuire, Beaupréau, Coron, Aigrefeuille-sur-Maine, Challans…

Après les exécutions de Stofflet et Charette, en février-mars 1796, vient le temps de la soumission. De Bruc de Livernière est emprisonné à Saumur et ses biens sont mis sous séquestre. Il doit quitter le territoire. Après la pacification de Bonaparte, en 1800, il rentre en France. Il est incarcéré six mois à la prison du Temple à Paris avant d’être amnistié. Il retrouve la jouissance de ses biens, mais reste sous la surveillance de la police jusqu’en 1809 et se tient à l’écart du régime napoléonien.

Un homme d’influence

Avec la Restauration de Louis XVIII, en 1814, de Bruc de Livernière joue un rôle éminent. Le duc d’Angoulême, neveu du roi, est le premier Bourbon à visiter la Vendée. Le 5 juillet, il conduit l’escorte jusqu’à Vallet, où son frère prend le relais. Ils présentent les maires et les anciens combattants vendéens dans des cérémonies parfois riches d’émotion. Ils sont faits chevaliers de Saint-Louis et la croix leur est remise à Paris par le frère du roi, le futur Charles X.

Lors du retour de Napoléon pendant les Cent Jours, les frères de Bruc commandent le 3e Corps d’armée, sous les ordres de Suzannet. Ils sont battus à Rocheservière le 20 juin 1815 et leur chef est tué. Mais l’annonce de Waterloo met les Vendéens vaincus dans le camp des vainqueurs. De Bruc de Livernière, homme pondéré, penche pour la paix. Il n’y aura pas de terreur blanche dans l’Ouest.

Une grande fête est donnée à l’Hyvernière pour le retour du roi. La municipalité de La Chapelle-Heulin se souvient, quelques années plus tard, qu’à « cette époque, M. Debruc commandait en maître dans le pays ». Il organise avec ses anciens vendéens, en 1816, la Garde Royale qui doit contrôler le vignoble. En réalité, les autorités se méfient de ces armées populaires et dès l’année suivante, il doit rendre les armes. Il a plus de succès pour faire parvenir des aides aux anciens combattants en difficulté, des brevets signés du roi, des fusils et sabres d’honneur qui attestent de leur vaillance et de leur fidélité à la monarchie. Ils leur sont remis dans une grande fête donnée en 1824 au château de l’Hyvernière nouvellement reconstruit.

Lors du soulèvement de la duchesse de Berry, en 1832, il conseille le calme. Pour lui, chargé de jeunes enfants et âgé de soixante-six ans, ce n’est plus l’heure des aventures. Un souvenir dans les archives de la paroisse de La Chapelle-Heulin illustre le respect qui entourait le vieux chef. Jusqu’à son décès, on lui mit gracieusement à disposition trois chaises devant le grand autel, comme un seigneur de l’Ancien régime. Quand il mourut en 1845, contrairement à ses ancêtres, il voulut être enterré à La Chapelle-Heulin, auprès de ses compagnons, signe que les combats de sa jeunesse l’avaient profondément enraciné dans cette terre. Ses restes furent déplacés dans le tombeau actuel en 1889.

Jean-Pierre Maillard

La plaque à l’entrée du cimetière de La Chapelle-Heulin

La plaque du Souvenir Vendéen

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