Randonnée au pays de Cathelineau, d’Elbée et Perdriau

Près d’une centaine de courageux marcheurs ont suivi hier, sous la pluie et dans la boue des chemins, le parcours proposé par l’Office de Tourisme de la Vallée de l’Èvre. Intitulée « au pays de Cathelineau, d’Elbée et Perdriau » cette randonnée était ponctuée d’évocations historiques, la plupart liées aux Guerres de Vendée. 

Randonnée sur les chemins du Pin-en-Mauges

Le ciel chargé de nuages ne laissait guère présager d’accalmie en ce début d’après-midi. Il était 14h et déjà une petite pluie s’invitait à cette randonnée. Ce rendez-vous annuel organisé depuis 2011 met à l’honneur des personnages qui ont marqué l’histoire des Mauges au temps de la Grand’Guerre de 93, comme Cathelineau, Stofflet, l’abbé Mongazon, d’Elbée, ou encore, en mars 2016, les persécutés des Guerres de Vendée. Le thème retenu cette année mettait en lumière des récits attachés à des fermes et des châteaux du pays entre Le Pin-en-Mauges, La Poitevinière et La Salle-et-Chapelle-Aubry.

À la mairie du Pin-en-Mauges, présentation de la marche par Bernard Chevalier, président du GRAHL de Beaupréau et sa région

Le parcours de la randonnée

Le château de la Jousselinière

Le château de la Jousselinière en 1873 (dessin de Morel)

Avant de se mettre en route, les organisateurs nous ont conviés dans une salle de la mairie du Pin-en-Mauges, pour faire le point sur le parcours et nous présenter le château de la Jousselinière, dont les propriétaires ne permettent pas l’approche. Ce qu’il en reste aujourd’hui – deux tours et une chapelle – fut bâti à la fin du XVe siècle. Cette terre appartenait alors à la famille d’Aubigné – Madame de Maintenon, née d’Aubigné, mentionne d’ailleurs la Jousselinière dans ses écrits. En 1644, elle fut acquise par Philippe de Saint-Offange, seigneur de la Poëze, en La Poitevinière. Dix ans plus tard, la Jousselinière servit de cachette au cardinal de Retz, un des chefs de la Fronde, après son évasion romanesque du château de Nantes au cours de laquelle il se blessa à l’épaule. Elle changea de propriétaires tout au long du XVIIIe siècle, avant d’échoir à la famille d’Andigné. La Révolution vint hélas lui porter un coup fatal, lors du passage des Colonnes infernales. Ravagé par l’incendie, le château ne retrouva son lustre qu’à la fin du XIXe siècle, grâce aux travaux engagés par Louis d’Andigné et sa riche épouse américaine, Cécilia Coleman. Les fresques de la chapelle représentant saint Eutrope, saint Christophe et saint Jérôme, furent sauvegardées ; la grande tour restaurée et richement meublée ; l’étang agrandi, le parc embelli et les terrasses aménagées en jardins à la française. Un cottage d’inspiration anglo-normande fut également construit, mais le projet de rebâtir le château Renaissance entre les deux tours ne vit jamais le jour à cause du décès de la propriétaire.

Au début de la marche, dans la boue des chemins

L’encadrement du groupe était organisé avec beaucoup d’efficacité.

Notre cortège suit la direction de la Jousselinière

Fermes et villages autour de la Jousselinière

Après cet exposé illustré de projections sur écran, nous avons entamé notre marche en direction de la Jousselinière. Notre premier chemin de terre nous donna aussitôt un aperçu de ce que la pluie nous réservait… À la première étape, nous avons dû faire preuve d’imagination pour retrouver ce qui fut jadis le village du Pâtis. On en distingue la trace sur le cadastre de 1834, mais tout a disparu aujourd’hui, jusqu’au puits qu’on voyait encore dans les années quatre-vingt. Cet arrêt fut égayé par un chant à la gloire de Jacques Cathelineau, entonné par Yves Naud. Le souvenir des Guerres de Vendée fut aussi évoqué par la ferme du Domaine, près de la Jousselinière, où la présence de M. Bélier de la Chauvelaie, vicaire insermenté du Pin-en-Mauges, fut dénoncée à la fin de l’année 1793. Traîné les poignets noués à la croupe d’un cheval jusqu’au Ponts-de-Cé, il fut traduit devant une commission militaire et condamné à mort le 1er décembre de cette année-là.

Notre chemin s’est poursuivi en direction de la Motte. Un deuxième arrêt, face à la ferme de la Besneraie vers l’est, nous a permis de mentionner l’abbé Cantiteau, qui fut curé du Pin-en-Mauges et ami de Jacques Cathelineau. Au plus fort de la Terreur, le prêtre avait trouvé refuge « au fond des granges, des celliers amis, à l’ombre des genêts du champ de la Grande-Besneraie » (Jacques Cathelineau, premier généralissime de l’armée catholique et royale, par Jean Silve de Ventavon). Il fut plus heureux que son vicaire et survivra aux malheurs de la Révolution.

Point d’histoire sur le village du Pâtis par Michel Joncheray, de l’Association Patrimoine et Culture (A.P.E.C.) du Pin-en-Mauges

La Jousselinière, le Domaine et le Pâtis, sur le cadastre du Pin-en-Mauges (1834)

Yves Naud chante Cathelineau…

Le château de la Poëze

À la Guittière, notre route obliqua en direction de la Poëze. Il ne reste plus rien du château rasé en 1958, sinon une ferme au milieu des bois. C’est là que Christophe Cholet a rappelé quelques événements restés dans la mémoire locale de La Poitevinière, comme ces gestes de clémence de soldats bleus qui épargnèrent des femmes, ou encore le combat de la Poëze, un des rares engagements de la troisième guerre de Vendée. Le 29 octobre 1799, Louis Monnier, qui commandait la division de Montfaucon, se porta au secours de Louis Lhuillier, dont les troupes rassemblées sur les landes de la Poëze étaient mises en déroute par une colonne républicaine venue de Chemillé. Monnier reprit le combat, puis revint à Beaupréau à la faveur de la nuit, sans être poursuivi par les Bleus.

Notre marche atteignait bientôt les terres de La Chapelle-Aubry. Quelques-unes de nos étapes ont révélé une époque plus proche de nos mémoires, celle du Petit-Anjou, cet ancien réseau de chemin de fer dont on devinait le tracé en plusieurs points de notre itinéraire.

Aux abords de la Poëze

Exposé de Christophe Cholet, de l’association La Poitevinière dans le Rétro, sur des événements méconnus de l’histoire de La Poitevinière au temps des Guerres de Vendée

Arrêt minute sur un point de passage du Petit Anjou

  Sur les terres du château de Barrot

Nous approchons du terme de notre parcours. À la Maison-Neuve, un émouvant souvenir des Guerres de Vendée nous attendait le long d’un mur de parpaings : les restes d’un meuble – un « basset » – sauvé des flammes lors de l’incendie de la ferme par les Colonnes infernales, comme le montrent deux planches noircies qui en formaient le fond. La Maison-Neuve appartenait alors à la famille Raimbault. On trouve, du reste, un certain Julien François Raimbault, capitaine de la première compagnie de La Chapelle-Aubry en 1794.

Vestige d’un meuble en partie brûlé lors de l’incendie de la Maison-Neuve en 1794

Nous parvenons enfin au château de Barrot (prononcez « Barrote »). Trempés jusqu’aux dos, transis de froid et les pieds crottés, nous avons trouvé refuge dans une dépendance pour écouter l’historique du lieu : la famille Boucault de Melliand qui le possédait à l’époque de la Révolution, la visite de d’Elbée et de l’évêque d’Agra en 1793, le séjour de Lhuillier, commandant de la division de Beaupréau, qui fut expulsé du château parce qu’il y menait grand train, etc. Un épisode étonnant nous a été également conté : celui de la vente du mobilier de Barrot, les 11 et 12 mars 1793, interrompue quand quatre gendarmes vinrent signaler qu’une émeute avait éclaté à Saint-Florent-le-Vieil. Les meubles restèrent au château, et le château dans la famille Boucault de Melliand, car la fille des propriétaires, Eulalie (1788-1864), n’avait pas quitté la France. Elle épousa en 1810 Zacharie du Réau de La Gaignonnière qui fut tué au combat de Rocheservière, le 20 juin 1815. Ce mariage fit passer la terre de Barrot dans la famille du Réau qui le possède encore aujourd’hui (c’est même Madame du Réau qui nous a reçus en personne).

La cour du château de Barrot

La façade du château et de la chapelle de Barrot

Exposé sous la pluie devant le château

Le temps ne nous a pas permis d’aller jusqu’à la dernière étape prévue pour cette marche, la croix de l’Aigresseau, située à la pointe des bois de Barrot. Elle commémore le massacre d’une trentaine de personnes qui se cachèrent dans les genêts à l’approche des Bleus. Elles s’y croyaient à l’abri, mais furent trahies par un chien qui signala ce refuge en s’en échappant. L’abbé Clambart, curé insermenté de Saint-Martin-de-Beaupréau, caché lui aussi dans ces parages, fut le témoin de ce drame que rappelle une plaque du Souvenir Vendéen posée en 1985 (1). Un habitant de la Ragonnière, ferme voisine de la croix, devait nous présenter les faits et localiser précisément le lieu du massacre. Nous avons cependant eu droit à un autre récit intéressant, concernant la découverte du squelette d’un soldat républicain, recueilli par un agriculteur du coin, puis confié au garde champêtre qui finit par l’inhumer, dans des circonstances rocambolesques, dans le cimetière de La Chapelle-Aubry… sans qu’on sache exactement aujourd’hui où repose ce Bleu.

Exposé sur l’histoire de Barrot…

… avant de rentrer au Pin-en-Mauges

Après nous avoir servi des jus de fruits et de la brioche sous notre abri venteux, les organisateurs nous ont reconduits en navette jusqu’à notre point de départ, au Pin-en-Mauges. Merci à eux, et aux membres des associations qui ont animé cette journée mémorable !

(1) Compte rendu dans la Revue du Souvenir Vendéen n°153 (décembre 1985-janvier 1986), pp. 17-21.

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2 réponses à Randonnée au pays de Cathelineau, d’Elbée et Perdriau

  1. Vrignaud Michel dit :

    J’aurais bien voulu partager cette randonnée historique. Bravo à tous; Une telle journée, je suppose, demeurera inoubliable pour les organisateurs et les participants… et est un exemple pour garder la mémoire de nos illustres ancêtres Vendéens.

  2. You Michel dit :

    Merci pour ce super compte-rendu que je me permets de mettre en lien sur notre site.
    M.You, secrétaire du GRAHL de Beaupréau

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