Le Martyrologe de La Poitevinière

Il y a 50 ans, la Revue du Souvenir Vendéen publiait dans son numéro 79 un article de Camille Humeau sur les victimes de la Révolution à La Poitevinière. Originaire de cette paroisse des Mauges, l’historien a pu, grâce à ses recherches, dresser un état nominatif des habitants massacrés, fusillés après comparution devant les commissions militaires, abattus à Avrillé ou morts dans les combats. Il arriva à un total de 500 disparus, dont 146 identifiés (1).

Souvenir Vendéen

Le vieux chemin de La Poitevinière à Jallais, que Perdriau (en médaillon) et ses gars empruntèrent le 13 mars 1793, jour de l’entrée en guerre de leur paroisse

Voici une partie de ce long martyrologe établi par Camille Humeau :

… Après l’incendie du bourg, la colonne infernale, se portant sur la route de Beaupréau, surprenait un groupe de femmes et d’enfants, à Guinechien, et les massacrait. Cependant l’abbé Deniau rapporte un acte d’humanité de deux soldats républicains. Une femme tentait de fuir, avec ses deux enfants dans ses bras. Les soldats la surprennent et lui disent, menaçant : « Entre dans ce bois ! – Mieux vaut mourir ici, que tomber entre vos mains, répondit-elle. – Obéis, brigande ! » La femme entre dans le bois, recommandant son âme à Dieu. « Cache-toi, lui disent les soldats, et ne reparais pas de sitôt. » Ils déchargent leurs fusils en l’air, disent que « l’affaire est faite » et s’en vont.

Mais le massacre fut atroce. Madame de La Bouëre a vu une pauvre femme « qui était obligée de suspendre son bras pour pouvoir filer ». Elle disait « qu’elle avait été mal tuée, ainsi que quelques autres femmes, parce que les Bleus étaient fatigués d’avoir sabré ». Il y eut 11 personnes massacrées.

La Couraudière

Le 20 janvier, la colonne fait le « ratissage » des fermes situées entre La Poitevinière et Notre-Dame-des-Mauges. Trois hommes et une femme furent massacrés (Comtesse de La Bouëre).

Les Aulnays-Jagu, La Theullière, Le Chêne-Boissy

Le même jour, trois femmes tuées dans ces métairies. L’une d’elles, la veuve Gourdon, du Chêne-Boissy, « eut le cou coupé dans la rue de son habitation, sur le tronc d’un aune destiné à faire des sabots ».

Moulin de Deureux

22 janvier 1794, deux victimes, dont Jeanne Gourdon, 78 ans, belle-sœur de la précédente.

Jardin de la Cure

22 janvier 1794, 14 victimes. Après l’incendie du bourg, quelques femmes et des enfants se sont réfugiés dans une chambre écartée du presbytère, fatigués de courir se réfugier de métairie en métairie, et espérant que les Bleus ne reviendraient pas au bourg incendié. La fumée qui s’échappe de la cheminée les trahit. Une troupe arrive et, à coups de baïonnettes, les fait sortir de leur refuge. En descendant de la terrasse dans le jardin, une femme laisse tomber son enfant de ses bras. Un soldat l’enfile avec sa baïonnette et remporte comme un trophée. La mère et les autres femmes, à genoux, au fond du jardin, sont massacrées avec la plus cruelle barbarie. Une seule, avec son petit-neveu, Joseph Ripoche, tapie au milieu d’un hallier de buis, évite la mort. Quelques soldats l’ont aperçue, mais ont pitié d’elle. « Canailles, disent-ils, ils la massacreraient aussi elle, si elle venait à la découvrir » (d’après Deniau).

Toutes ces victimes furent enterrées dans une fosse creusée sur place. L’église actuelle de La Poitevinière (1878) est construite sur l’emplacement du massacre.

Dans une communication faite à l’Académie d’Angers (séance du 13 novembre 1964), M. Camille Humeau a reconstitué, d’après les traditions orales recueillies par lui, comment une jeune fille et un garçonnet, son filleul, furent sauvés par l’intervention clandestine d’un officier bleu. Celui-ci revint, 20 ans plus tard à La Poitevinière, mais ne retrouva plus ceux qu’il avait fait échapper au massacre (Mon village sous la Terreur, dans L’Avenir de Cholet, 24 avril, 2 et 8 mai 1964 ; et L’Écho de Saint-Gabriel, juillet 1965).

Au Champ des Martyrs d’Avrillé

41 noms d’habitants de La Poitevinière sont inscrits à ce martyrologe, comprenant près de 3.000 victimes (janvier, février et mars 1794). Parmi les interrogatoires qui eurent lieu au cours des simulations de jugements qui précédèrent ces exécutions, on relève celui d’Antoine Fournier, originaire de La Poitevinière et tisserand à Cholet :
« – As-tu des enfants ?
– J’en ai deux, dont un fils prêtre.
– A-t-il prêté le serment ?
– Non, il l’a refusé.
– Tu le désapprouves ?
– Non, je l’approuve.
– Alors, tu désapprouves ceux qui ferment les églises et renversent la croix ?
– Oui, je les désapprouve.
– Tu serais content de mourir pour la religion ?
– Oui, j’en serais content. »

Et l’on inscrivit sur sa fiche : « Père de prêtre fanatique et digne de l’être (sic) ; fanatique renforcé lui-même ». Il fut fusillé.

Pour clore le martyrologe de La Poitevinière, M. Camille Humeau rapporte le cas de Marie Blond, qui survécut aux coups qui lui furent portés. Âgée de 24 ans, fille d’un artisan de la paroisse, elle était servante du procureur de la commune qui avait caché les vases sacrés de l’église. Dénoncée, quelques jours après le passage de la Loire par la Grande Armée, comme étant instruite de l’endroit où son maître les avait mis à l’abri, elle refusa de trahir son secret. Accablée de coups de crosses et de sabres, les vêtements en lambeaux, elle fut laissée sur le sol, blessée, épuisée. Elle fit une longue maladie et ne vécut que pour éprouver de continuelles et horribles souffrances.

C’est à l’aide de recherches de ce genre, aboutissant à des données précises que les familles de la Vendée militaire pourront retrouver ou confirmer la part héroïque et douloureuse que leurs ancêtres ont prise dans la lutte pour la Fidélité.
  


(1) La Revue du Souvenir Vendéen publiait à cette époque des articles « Pour un Livre d’Or de la Vendée militaire ». Dans ce long martyrologe établi paroisse par paroisse, La Poitevinière apparaît dans le n° 67 (juin 1964) :

Fusillés : à Savenay, 2 ; à Nantes, 6 ; au Champ des Martyrs d’Avrillé, 41.

Tués en divers combats : 11, particulièrement au « grand choc de Cholet » et dans l’Outre-Loire.
Parmi les tués, mention spéciale doit être faite à Jean Perdriau, tombé lors des premiers combats. Ancien caporal, il fut dans les Mauges un des chefs de la première heure et partit même quelques heures avant Cathelineau. Les deux troupes se rejoignirent un peu avant Jallais, près de la mare du Haut-Pâtis.

Massacrés dans la paroisse : 27.
Les mémoires de Madame de La Bouëre donnent sur ces massacres d’intéressantes précisions ainsi qu’un certain nombre de noms. Les lieux particulièrement indiqués sont le carrefour et le bois de Guinechien, 10 décembre 1793 (9 victimes). Le bourg et l’église auraient été incendiés la veille, 9 décembre. D’autres massacres sont indiqués en divers villages, du 18 au 23 janvier 1794. Les victimes, comme toujours, sont surtout des femmes et des enfants, entre autres Jeanne Ripoche et ses trois enfants, Pierre, Françoise et Hortense (9 ans, 3 ans et 6 mois).
Parmi les femmes sabrées au bois de Guinechien, plusieurs s’en réchappèrent. Il y eut, là aussi, quelques « mal tuées », parce que « les Bleus, rapporta l’une de celles-ci, étaient fatigués de sabrer… Ils le disaient eux-mêmes ».

D’après un certificat officiel établi en 1827, signé par les principaux habitants et déposé au presbytère, « la commune de La Poitevinière a perdu pendant la guerre de Vendée plus de 500 hommes, tant à l’armée que par les massacres qui eurent lieu sur la paroisse ».

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