Une randonnée historique dans les Mauges

L’Office de Tourisme de la Vallée de l’Èvre, en partenariat avec le GRAHL, proposait hier une nouvelle randonnée sur les hauts lieux des Guerres de Vendée dans le pays de Beaupréau. De La Chapelle-du-Genêt à Saint-Philbert-en-Mauges, le parcours nous a fait revivre des épisodes tragiques des Guerres de Vendée. Le Souvenir Vendéen y a été accueilli avec beaucoup de sympathie.

La Chapelle du Genet

L’église de La Chapelle-du-Genêt, point de départ de la randonnée

Il y avait foule, comme chaque année, pour suivre cette randonnée historique au cœur des Mauges. Assemblés sous les ramures tortueuses du vieil if daté du XVe siècle, au centre du bourg de La Chapelle-du-Genêt, nous avons été invités à nous rendre dans l’église Notre-Dame, à quelques pas de là. C’est une rescapée des grands chantiers de reconstructions néogothiques de la seconde moitié du XIXe siècle. Ici, pas de tuffeau sculpté, de baies flamboyantes ni de pinacles ouvragés ; les murs épais sont de schiste brun, de granit rose, sans ornement. Seule une flèche d’ardoise effilée apporte une fantaisie au vieux clocher carré. L’intérieur tranche pourtant singulièrement par sa lumière et par la légèreté de sa grande charpente en coque de bateau renversée.

Les animateurs de cette randonnée nous ont alors raconté l’histoire de cette église et de ses prêtres, notamment l’abbé Yves Michel Marchais, nommé curé de La Chapelle-du-Genêt en 1763. Homme érudit et brillant orateur dont les sermons nous sont parvenus, il accueillit dans sa cure, en 1770, un garçon nommé Jacques Cathelineau qu’il instruisit pendant cinq ans. Le jeune homme reçut de son précepteur la culture, la droiture et les convictions sans failles qui furent déterminantes en 1793. En juin de cette année-là, l’abbé Marchais, détenu à Angers pour avoir refusé de prêter le serment constitutionnel, recouvra la liberté lorsque les Vendéens s’emparèrent de cette ville, et rentra dans sa paroisse. Il y exerça son ministère dans la clandestinité jusqu’à sa mort en 1797. L’un de ses successeurs fut l’abbé Joseph Gourdon, dont les grands travaux ont donné à cette église le visage qu’on lui connaît.

Après cet exposé fourni, nous avons été conviés à nous rendre au presbytère, derrière l’église, pour voir le coffre sur lequel l’abbé Marchais célébrait la messe sous la Terreur, dans la ferme de Soulanger où il avait trouvé refuge.

La Chapelle du Genet 2

Étape du presbytère, pour voir le coffre de l’abbé Marchais

Le coffre de l'abbe Marchais

Le coffre de l’abbé Marchais (XVIIIe siècle), témoin des persécutions sous la Terreur

Puis nous avons entamé notre marche en direction d’un méandre de l’Èvre, jusqu’à la Thébaudière. Du haut de ce coteau se déploie un vaste panorama d’où émergent les clochers du Fief-Sauvin et de Beaupréau. Plus avant, vers le moulin du Pont, eut lieu le terrible massacre du 18 avril 1794.

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La Thébaudière, vers le moulin du Pont où eut lieu le massacre du Vendredi Saint 1794 (à l’arrière-plan le clocher de l’église Notre-Dame de Beaupréau)

À cette date, jour du Vendredi Saint, treize personnes furent surprises et massacrées par des soldats républicains à La Chapelle-du-Genêt. Parmi elles se trouvaient Jeanne Lantier, veuve Mondain, âgée de 36 ans, et quatre de ses cinq enfants. Le récit de cette tuerie a été collecté auprès de témoins oculaires par l’abbé Félix Deniau qui l’a reproduit dans son Histoire de la Guerre de la Vendée :

Mme Mondain, qui habitait ce dernier bourg [La Chapelle-du-Genêt], venait de le quitter avec ses six petits enfants dont le plus grand n’avait que 9 ans ; elle s’acheminait vers le moulin du Pont, lorsque deux Bleus, détachés de leur corps, tombent sur elle, et la somment, pour conserver sa vie, de leur livrer ses bijoux ; elle s’exécute, mais les féroces soldats, non satisfaits de l’avoir dépouillée, lui disent : « Maintenant que tu n’as plus rien, brigande, tu vas mourir » et aussitôt ils la frappent à coups de sabre, lancent en l’air ses plus petits enfants, les reçoivent sur la pointe de leurs baïonnettes et transpercent les plus grands. Quand ils croient que ces enfants n’ont plus de vie, ils donnent le coup de grâce à la pauvre mère que, par un raffinement de cruauté, ils font mourir la dernière. Après leur départ, les jeunes Raimbault et Poilâne, âgés de 12 ans, cachés dans les branches d’un chêne voisin et qui avaient été témoins de ce massacre, accourent près des victimes et trouvent respirant encore l’un des garçons et l’une des petites filles. Ils les transportent à la Fallette, métairie voisine, où les demoiselles Langlois leur prodiguent les soins les plus empressés. Le petit garçon qui avait la poitrine blessée de sept coups de baïonnettes guérit de ses blessures ; mais la petite fille succomba.

Les faits ont été rapportés par les deux jeunes témoins, Raimbault et Poilâne, mais aussi par Martin Goubault, laboureur de La Chapelle-du-Genêt, qui arriva sur les lieux après le drame. L’enfant survivant s’appelait François Mondain. Il était né ici en 1792. Son père, René Mondain, prit les armes au début du soulèvement et mourut à la fin de l’année 1793. François participera quant à lui au soulèvement de 1815, dans l’armée commandée par d’Autichamp.

Après ce récit glaçant, nous sommes revenus vers La Chapelle, pour traverser le bourg jusqu’à la croix portant une plaque de la Vendée Militaire à la mémoire de deux martyrs d’Avrillé : Marie Catherine Gaultier, née Deniau, fusillée le 18 janvier 1794 ; et Pierre Moreau, 15 ans, fusillé le 10 février 1794.

La Chapelle du Genet 4

Devant la croix portant les noms des martyrs d’Avrillé

Nous étions là sur la route de Saint-Philbert-en-Mauges, mais nos guides ont préféré nous y conduire par de vieux chemins de terre si propices aux évocations historiques, en particulier à la Bretêche, où l’on nous a conté les mésaventures de la famille Chevalier, dont le père, Mathurin, fut tué au combat de Beaupréau (22 avril 1793) et dont la mère, Marie Guillet, reçut la visite des Bleus. On nous expliqua comment elle usa d’une aiguille pour faire pleurer son bébé, prétextant qu’il souffrait d’une maladie contagieuse, ce qui fit fuir les intrus.

La Chapelle du Genet 5

À travers champs en direction de Saint-Philbert-en-Mauges

Notre chemin se poursuivit à travers champs jusqu’à une haie à travers laquelle nous nous sommes « mussés » pour entrer sur la commune de Saint-Philbert-en-Mauges. Nos pas se faisaient plus hésitants sur cette terre gorgée d’eau autour de la ferme du Noyer. Les semelles épaissies de boue, nous voici bientôt aux Cimbronnières, lieu de triste mémoire. Des soldats républicains en déroute après la bataille de Gesté, le 1er février 1794, en surprirent les habitants et les massacrèrent ce jour-là. La moitié des victimes était des enfants. Pénétrés par ce récit dramatique, nous avons quitté la ferme en suivant le vieux chemin jadis emprunté par les Colonnes infernales, avant de revenir par le bois de la Barre vers le bourg de Saint-Philbert-en-Mauges.

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À la ferme des Cimbronnières, théâtre d’un massacre le 1er février 1794

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En passant devant la vieille croix des Étangs

Impossible de manquer la visite de la charmante petite église, qui échappa aux destructions de la Révolution. Cet édifice composé d’éléments du XIVe au XVIIIe siècle, agrandi de son transept au XIXe siècle, a conservé dans son chœur un superbe retable polychrome. Notre groupe de marcheurs occupait tous les bancs pour écouter l’exposé sur Saint-Philbert.

Saint-Philbert 3

Notre arrivée à l’église de Saint-Philbert-en-Mauges

Le premier point aborda la vie de François Davy, curé de cette paroisse, qui fut élu maire de la commune en 1790. Comme il refusa le serment schismatique, à l’instar de la plupart des prêtres des Mauges, il fut condamné à l’exil en Espagne en 1792, et ne put rentrer au pays qu’avec le Concordat. Le deuxième point concernait le cahier des doléances de Saint-Philbert, dont on a conservé le texte. Le troisième enfin, souleva une question à la suite de la découverte par une généalogiste de feuillets consignant les déclarations de résidence de 38 personnes de tous âges, parfois venues de départements lointains comme la Nièvre ou le Lot-et-Garonne, et installées à Saint-Philbert entre 1791 et 1797. On s’étonne d’un tel nombre de nouveaux venus, en pleine période de troubles, et alors que la commune ne comptait que 300 habitants…

C’est sur cette énigme que nous avons quitté l’église pour nous rendre à la salle des fêtes, où nous étaient servies des boissons et de la brioche. Tout autour étaient installés des panneaux prêtés par les Archives départementales du Maine-et-Loire pour expliquer les débuts de la Révolution. L’exposition mobile du Souvenir Vendéen complétait le dispositif pour présenter l’histoire des Guerres de Vendée et plus particulièrement des Colonnes infernales.

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L’exposition à la salle des fêtes avant l’arrivée des randonneurs

Saint-Philbert 5

Une belle récompense après nos efforts !

Un grand merci au GRAHL de Beaupréau et à la Commission Guerres de Vendée de l’Office de Tourisme de la Vallée de l’Èvre pour cette randonnée encore une fois très instructive !

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5 réponses à Une randonnée historique dans les Mauges

  1. You Michel dit :

    Bonjour. Merci pour ce super compte-rendu dont j’ai mis le lien sur le site du GRAHL. Toutefois, à la demande de notre CA réuni hier soir, serait-il possible dans le texte de présentation de mentionner que le GRAHL de Beaupréau était partenaire, puisque nous avons assuré tout ce qui était sur St Philbert en Mauges : « L’Office de Tourisme de la Vallée de l’Èvre (en partenariat avec le GRAHL) proposait hier une nouvelle randonnée sur les hauts lieux des Guerres de Vendée dans le pays de Beaupréau » Si ce n’est pas possible, pas de problème, il y a des choses plus graves. Merci encore.
    Cordialement.
    M.You
    Secrétaire du GRAHL de Beaupréau

  2. Nicolas Delahaye dit :

    Vous faites bien de me signaler cet oubli. Je viens de compléter le texte en mentionnant le GRAHL et en ajoutant un lien vers votre site internet.
    Bravo pour votre travail !
    Bien cordialement,
    Nicolas Delahaye
    Webmaster du site du Souvenir Vendéen

  3. You Michel dit :

    Merci pour les précisions rajoutées.
    Cdt
    le GRAHL

  4. David Desmier dit :

    Bonjour
    Merci pour ce récit. C’est en faisant la généalogie de ma famille que je suis arrivé aux massacres de Saint-Philbert-en-Mauges de 1794. Bien que ma famille soit essentiellement originaire du sud-est des Deux-Sèvres, une branche du côté de mon père est issue du Maine-et-Loire et plus précisément du Fief-Sauvin et de Saint-Philbert-en-Mauges. Mon aïeule, Françoise Brochard, fait partie des victimes du 1er février 1794 (ferme des Cimbronnières). Elle et ses enfants y furent massacrés. Son plus grand, Jean âgé de 13 ans, y réchappa. Il est mon ancêtre… A ma prochaine visite, je ne manquerai pas de visiter ce lieu.
    David Desmier, Montréal, Canada.

    • Bochereau dit :

      Bonjour David

      Vous avez écrit le 9 avril 2017 :

      « Mon aïeule, Françoise Brochard, fait partie des victimes du 1er février 1794…. Son plus grand, Jean âgé de 13 ans, y réchappa. Il est mon ancêtre… »
      Vous savez sans doute qu’elle descend des Meriau de la Terre Guibert de St Macaire, comme ma gd-mère Josephine Meriau
      On en reparle quand vous voulez, avec plaisir

      Patrice

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