« Tout a passé par le fer… » le Grand Massacre de La Gaubretière

Fin connaisseur de l’histoire de La Gaubretière, lui qui y possède des attaches familiales depuis plusieurs générations, notre administrateur Jean-Pierre Rambaud nous a présenté hier les circonstances du Grand Massacre qui endeuilla cruellement La Gaubretière, le 27 février 1794. Voici quels furent ses mots…

La Louatiere

La nouvelle plaque de la Louatière, à La Gaubretière

« Le général Huché commandant les troupes stationnées à Cholet s’étant par mes ordres porté à La Gaubretière a fait mordre la poussière à 500 scélérats. » Voilà comment Turreau, écrivant de Nantes au Comité de Salut public, annonce l’expédition républicaine de La Gaubretière deux jours auparavant.

Le compte rendu de Huché, écrit le soir même, racontait ainsi la journée : « Je te rends compte, mon cher général, de la sortie que j’ai faite hier contre les brigands que j’ai trouvé sur les huit heures à La Gaubretière. Je les ai égayés de la bonne manière ; ils étaient en trop petit nombre pour en faire un grand carnage. Plus de cinq cents, tant hommes que femmes, ont été tués. » Et il précise un peu plus loin qu’à l’aspect de sa troupe, « les brigands se sont mis dans une déroute complète. J’ai fait fureter les genêts, les fossés, les haies et les bois, et c’est là qu’on les trouvait blottis. Tout a passé par le fer, car j’avais défendu que, les trouvant ainsi, on consommât ses munitions. »

Maintenant je vais donner la parole à Pierre Rangeard. Il avait 19 ans à l’époque. Il est né à La Gaubretière, il y est mort d’ailleurs. Il témoigne quelques années après.

« Notre infortunée paroisse, déjà si cruellement éprouvée, commençait à respirer, lorsque le 27 février 1794 vint mettre le comble à ses désastres. Dès le matin, des colonnes parties de Nantes, de Cholet, de Mortagne et de Montaigu la cernèrent de toutes parts. Ils étaient, peut-être 10.000, n’ayant pour mot d’ordre que la mort et l’incendie. Ils n’exécutèrent que trop leur implacable consigne. Le fer n’épargna rien de ce qu’il put atteindre et le feu consuma tout. Plus de 500 personnes furent tuées. »

Et il donne les faits les plus marquants, en particulier celui-ci : « M. de la Boucherie, sa femme, et Mlle de la Blouère, sa sœur (on sait aujourd’hui que c’était sa cousine), furent suspendus par le menton à des crampons de fer, au milieu de leur cuisine, et consumés dans cet état par l’incendie qui réduisit leur maison en cendre. » C’était le logis de la Louatière. Il poursuit : « Le cœur saigne encore à la pensée de tant d’horreurs. J’avais eu le bonheur de m’enfuir avec ma vieille mère dans la commune de Beaurepaire qui n’éprouva rien de semblable. On n’en voulait qu’à la Gaubretière, pour le moment. Du lieu de notre retraite qui n’était pas éloignée, nous entendions les cris des mourants mêlés aux affreuses clameurs des soldats. D’épais tourbillons de flammes obscurcissaient le ciel sur une vaste étendue. »

La tradition locale rapporte que le soir du Grand Massacre, en plein mois de février, le ciel, par un prodige, devint tout rouge, comme s’il eut voulu refléter tout le sang qui coulait en ce coin perdu du Bocage.

Jean-Pierre Rambaud

Localisation de la Louatière (ou Louétière) sur le cadastre de 1839

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